situé entre le plateau de la Horaine et celui de Barnouic. Deux
faisceaux rouges partent à cet effet du phare : le premier, compris
entre deux lignes dirigées, l'une à l'Est, l'autre sur
le fanal du Paon, au N. E. de Bréhat, couvre la Horaine et les
écueils voisins ; le second, correspondant à un secteur
de 19° et varié par des éclipses, couvre le plateau
de Barnouic. On est donc assuré de ne pas tomber sur un des deux
dangers, tant que le feu des Héaux paraît blanc.
Le phare des Héaux est situé par 48°54'33'' de latitude
Nord et par 5°2542644 de longitude Ouest.
Un des écueils les plus à redouter dans les environs de
Bréhat, celui de la Horaine, présentait de grandes difficultés
à l'établissement et au maintien d'un balisage direct.
Plusieurs balises en bois et en fer, qu'on était parvenu à
y installer en s'exposant aux plus grands périls, avaient été
successivement emportées par la violence de la mer. On prit enfin
le parti de le signaler au moyen de deux feux à construire sur
l'île de Bréhat, et placés de façon à
déterminer une ligne passant par l'écueil.
Un projet dressé à cet effet fut approuvé en 1855
; mais c'est seulement en 1858 qu'un crédit fut alloué
pour procéder à son exécution. Les travaux, dirigés
par MM. Dujardin, ingénieur en chef, et de la Tribonnière,
ingénieur ordinaire, étaient terminés en 1860,
et les feux furent allumés le 1er août de cette année.
Ils sont installés au sommet de tourelles carrées auxquelles
des corps de logis sont attenants.
Le feu le plus voisin de l'écueil est construit à l'extrémité
N. E. de l'île de Bréhat, sur une pointe qui porte le nom
de Paon, et qui présente les plus beaux rochers de l'île.
La Horaine se trouve à 3 milles environ au N. 59°15'E. de
ce fanal.
Le second feu est distant de 1,610 mètres du précédent
et est établi sur le petit tertre du Rosédo.
Les deux feux sont fixes rouges ; celui du Paon est muni d'un appareil
dioptrique éclairant les trois quarts de l'horizon ; celui du
Rosédo est à réflecteur parabolique et n'éclaire
que dans un espace angulaire de 16° environ de chaque côté
de la direction passant par la Horaine.
La dépense de construction des deux fanaux s'est élevée
à 26,000 francs.
Ainsi qu'on l'a déjà mentionné dans la notice du
port de Paimpol, le feu de Paon doit prochainement être modifié
de manière à signaler, au moyen d'un faisceau blanc, la
partie saine du chenal de Bréhat. En se tenant dans les limites
de ce faisceau, les navigateurs venant du large arriveront, sans rencontrer
de dangers, jusqu'en face du feu en construction à Portz-Don,
dans la baie de Paimpol.
Peu d'années après, en 1865, on entreprit l'éclairage
du grand chenal d'entrée du Trieux, au moyen de deux feux, qui
furent établis, l'un sur la roche la Croix, l'autre sur les hauteurs
de Bodic. Ils furent allumés en 1867, et furent bientôt
suivis de deux autres feux destinés à baliser la passe
intérieure de la rivière. Les détails relatifs
à cet éclairage trouveront naturellement leur place dans
la notice sur les ports et la navigation du Trieux.
L'usage des bateaux à vapeur avait singulièrement simplifié
la construction des ouvrages en mer. L'établissement d'en phare
sur le plateau des Roches-Douvres ne devait plus être considéré
comme impossible, et M. le ministre décidait, en 1862, conformément
à l'avis de la commission des phares, qu'il serait construit
sur ce plateau un feu de grand atterrage, auquel on donnerait le caractère
des feux scintillants, c'est-à-dire à éclats se
succédant à de très courts intervalles.
Les chambres de commerce de Granville, de Saint-MALO ET DE Saint-Brieuc,
ainsi que les armateurs de Paimpol, de Portrieux et de Binic, avaient
à plusieurs reprises demandé cet éclairage, dont
l'utilité avait été du reste constatée,
en 1825, dans le rapport contenant l'exposition du système adopté
par la commission des phares pour éclairer les côtes de
France.
Après quelques hésitations sur le genre de construction
qu'il convenait de choisir, on s'arrêta au projet d'un phare en
fer et tôle, semblable à celui qui venait d'être
construit à Paris pour être envoyé dans la Nouvelle-Calédonie.
Un décret du 3 mai 1865 en autorisa la construction, et fixa
le montant de la dépense à 560,000 francs, non compris
l'appareil d'éclairage. On s'occupa immédiatement à
Paris de faire exécuter la tour métallique du phare, qui
fut montée sur le Champ-de-Mars et figura à l'Exposition
universelle de 1867. Les divers pièces, démontées,
furent transportées à Bréhat dans les premiers
mois de l'année 1868. Elles furent de là portées,
suivant leur ordre de pose, sur le rocher où l'on avait préparé,
pour recevoir la tour, un soubassement en maçonnerie de ciment
de Portland, s'élevant à 2,80 mètres au-dessus
du niveau les plus hautes mers. On avait ménagé dans ce
massif les vides nécessaires pour les scellements des montants
du phare, vides qui ont été remplis avec du béton.
Les transports ont été faits par un des bateaux à
vapeur de l'Administration attachés au service du balisage. La
grande distance et la violence des courants, que l'on prenait constamment
en travers, les rendaient pénibles ; le débarquement des
pièces sur le rocher présentait surtout des difficultés,
dès que la mer était un peu grosse.
Le montage de la tour n'ayant pu être complètement terminé
dans une campagne, on utilisa la partie faite à la fin de 1868
en installant à son sommet un feu provisoire, qui fut allumé
le 15 décembre. Ce feu avait un appareil à réflecteurs
et était scintillant, à éclipses de 5 en 5 secondes
; il fonctionna très bien.
La tour fut achevée dans les premiers mois de l'année
suivante, et le feu définitif fut allumé le 6 août
1869. Il est scintillant, à éclipses de 4 n 4 secondes.
Ses éclats sont très vifs, surtout depuis qu'il est, comme
tous les autres phares, éclairé à l'huile minérale.
Sa portée, pour un état ordinaire de l'atmosphère,
atteint 25 milles 7, près de 48 kilomètres.
Le foyer est à une hauteur de 55 mètres au-dessus du niveau
les plus hautes mers. L'appareil lenticulaire est remarquable ; il a
été exécuté avec une rare perfection par
M. Henry-Lepaute.
Une cloche est installée sur la galerie supérieure de
la tour. Elle sonne d'une manière continue pendant les temps
de brume, et ses coups sont espacés de trois secondes.
Seize grands montants, composés chacun de quinze panneaux sur
la hauteur, constituent l'ossature de la construction métallique.
Ces anneaux, formés de fers à simple T, sont boulonnés
les uns sur les autres et sont maintenus dans leur position par des
entretoises horizontales. Les feuilles de tôle de l'enveloppe
sont boulonnées extérieurement sur les montants et les
entretoises, qui sont mis ainsi à l'abri des embruns de mer.
Un escalier en fonte avec limons en fer occupe le centre de l'édifice.
Les logements et les magasins sont distribués à la partie
inférieure, qui présente à cet effet un renflement
prononcé.
La tour métallique a 48,30 mètres de hauteur depuis son
pied jusqu'au niveau de la plate-forme supérieure. Son diamètre
est de 11,10 mètres à la base. Son poids s'élève
à 305,000 kilogrammes.
Elle a été exécutée à Paris, dans
les ateliers de M. Rigolet, d'après le projet et sous la direction
de MM. Léonce Reynaud, inspecteur général, et Emile
Allard, ingénieur en chef.. La dépense à laquelle
elle a donné est d'environ 250,000 francs.
MM. Dujardin et Pelaud, ingénieurs en chef, de la Rribonnière,
ingénieur ordinaire, et Bertin, conducteur principal, attaché
au service central des phares, ont été chargés
des travaux d'installation du phare sur le plateau des Roches-Douvres.
La dépense faite pour cet objet, et payée sans le département,
a été de 225,100 francs.
A l'origine des travaux, on avait fait construire au Creusot deux hunes
destinées à être montées aux Roches-Douvres,
pour servir de logements aux ouvriers. Elles n'inspirèrent pas
de confiance ; une seule fut installée sur le rocher, en 1868,
et ne fut jamais habitée. Elle a parfaitement résisté,
et est encore en place aujourd'hui. On l'utilise comme lieu de dépôt
accessoire.
La tour du phare présente un assemblage de pièces métalliques
qui, en raison de sa position au milieu de la me, exige des soins assidus.
Aussi une des principales occupations des gardiens consiste-t-elle à
visiter toutes les parties de l'édifice et à prendre les
mesures nécessaires pour arrêter immédiatement tout
commencement d'oxydation, quelque faible qu'il soit. Il est probable
que, moyennant ces précautions, le phare des Roches-Douvres pourra
avoir une longue durée.
La tour est peinte en blanc ; les couvre-joints, formés par des
plates-bandes en fer, se détachent en gris.
Cette tour, sans présenter comme monument la valeur du phare
des Héaux, a néanmoins une grande et gracieuse apparence,
et on peut dire qu'avec ces deux édifices le département
des Côtes-du-Nord possède les deux plus beaux types de
phares.
Bien que l'utilité des travaux de balisage aux environs de Bréhat
ait de tout temps été reconnue par les ingénieurs
et les marins, ces travaux se bornaient, il y a une vingtaine d'années,
à la pose d'un certain nombre de balises en bois, à quelques
essais infructueux de balises en fer et à la construction de
pyramides ou tourelles en maçonnerie sur la terre ferme ou sur
des rochers élevés et facilement accostables.
Vers 1858, sous l'impulsion du directeur du service des phares, M. l'inspecteur
général L. Reynaud, le balisage prit une importance inconnue
jusqu'alors, et se développa au point de constituer une nouvelle
branche de service recevant des allocations considérables.
Les abords de Bréhat, où les écueils se montraient
si nombreux, devaient profiter tout particulièrement de ce progrès.
On planta de nouvelles balises en bois partout où le besoin s'en
faisait sentir.
De plus, on remplaça toutes celles de ces balises dont l'importance
le réclamait par des tourelles en maçonnerie, que l'usage
du ciment de Portland, récemment introduit, permettait d'établir
avec plus d'économie que précédemment. Le nombre
de ces tourelles construites depuis 1859 aux abords de l'île de
Bréhat, en y comprenant le grand chenal de l'entrée du
Trieux jusqu'à l'île à Bois, s'élève
à quinze. Quelques-unes ont présenté d'assez grandes
difficultés d'exécution, notamment celle de Pen-Azen,
à l'entrée Nord du Raz de Bréhat et le long de
la grande passe de l'entrée du Trieux.
Une bouée en tôle, à cloche et à miroir,
conforme au nouveau modèle adopté en remplacement des
anciennes bouées en bois de petites dimensions, fut mouillée
en 1867 près du dangereux plateau des Sirlots, situ au Nord de
l'île.
Enfin on perfectionna les amers indiquant la direction des passes. Ainsi
on a remplacé très avantageusement un grand mur, que l'on
avait élevé sur les hauteurs de la commune de Plouha pour
déterminer, avec la tourelle dite la Cormarandière, la
ligne à suivre dans le Raz de Bréhat, par une demi-tour
qui, en se détachant sur les terres, est toujours visible et
remplit parfaitement son but. Une construction semblable a été
établie à la pointe de l'Arcouest à l'effet de
préciser la passe du Kerpint.
Ces divers travaux ont donné lieu à une dépense
d'environ 180,000 francs. Ils ont été exécutés,
M. l'inspecteur général Reynaud étant directeur
du service des phares et balises, sous la direction immédiate
de MM. Dujardin, ingénieur en chef, et de la Tribonnière,
ingénieur ordinaire.
Ils forment dans leur ensemble un système complet de balisage
qui permet aux navigateurs de circuler, de jour, dans les parages de
Bréhat, avec autant de sécurité que sur tout autre
point du littoral.
La Société centrale de sauvetage des naufragés
a choisi Bréhat comme lieu de stationnement d'une de ses embarcations.
Elle est placée au Nord de l'entrée du havre de la Corderie,
dans une cabane-abri construite en 1869, sur le projet de MM. Dujardin
et de la Tribonnière.
Commerce
Le commerce de Bréhat est peu considérable : il est représenté
en moyenne par 630 tonnes à l'importation et 730 tonnes à
l'exportation.
L'île reçoit des matériaux de construction et des
denrées alimentaires, parmi lesquelles il est à remarquer
que les blés et farines entrent dans une certaine proportion.
Elle exporte des pomme de terre, des pierres, généralement
sous la forme de pavés d'échantillon, et des cendres de
goémon. Les pomme de terre de Bréhat sont très
recherchées, et, quand l'année est favorable, le chiffre
des exportations dépasse de beaucoup celui qui a été
indiqué ci-dessus.
C'est ainsi qu'en 1876 il s'est élevé à 1,928 tonneaux.
On constate de reste que depuis quelques années le mouvement
des marchandises accuse une augmentation très sensible.
Le nombre des navires qui fréquentent les ports de l'île
est en général de 95 par an. Leur tonnage moyen est de
10tonneaux seulement.
Il a existé pendant assez longtemps à Bréhat des
ateliers pour la salaison du maquereau. Ils ont cessé de fonctionner
vers 1835, époque à laquelle les marins de Dieppe et de
Fécamp réussirent à pêcher ce poisson au
filet, tandis qu'on ne le prenait qu'à la ligne en Bretagne.
Cette industrie était du reste peu profitable aux habitants :
elle était en effet exercée par des Normands qui venaient
s'établir dans l'île pendant la saison d'été,
et qui salaient eux-mêmes le poisson. D'un autre côté,
la pêche était faite exclusivement par les bateaux de Plouézec,
qui apportaient à Bréhat le maquereau qu'ils avaient pris.
On a fait autrefois à Bréhat quelques armements pour la
pêche de la morue sur le banc de Terre-Neuve. Ils avaient peu
d'importance.
Bibliographie
Histoire de Bretagne, par dom Morice.
Dictionnaire de Bretagne, par Ogée.
Littoral des Côtes-du-Nord, par Habasque.
Les Côtes-du-Nord, par Jollivet.
Annales armoricaines, par Le Maoüt.
Géographie des Côtes-du-Nord, par MM. Gautier du Mottay
et Rousselot.
Portulan des côtes de la Manche, par M. Moulac, capitaine de vaisseau.
1855.
Mémoire sur l'éclairage et le balisage des côtes
de France, par M. Léonce Reynaud, inspecteur général
des ponts et chaussées, directeur du service des phares et balises.
1864.
Pilote de la Manche, par M. Thomassin, capitaine de frégate.
1875.
Archives des Côtes-du-Nord et bureaux des ponts et chaussées.