Extrait du journal Paysan Breton - 7 novembre 1997
DES
BREHATINES BIEN DANS LEUR COQUILLE
Bréhat,
son charme légendaire, son microclimat, son moulin à marée
et son ostréiculteur. Le premier à s'installer sur l'île.
Et le seul. Itinéraire d'un pompier de Paris devenu ostréiculteur.
Patrick Tétu porte bien son nom Et son tempérament
n'est pas pour rien dans son installation à Bréhat. C'est
parce que la vie militaire ne lui convient pas que cet ex-pompier de Paris
décide, il y a quelques années, de retrouver sa terre natale
: Paimpol, " L'ostréiculture, ça s'est fait tout
seul ", explique-t-il. De petits boulots en petits boulots et
de marées en marées, il finit par trouver un emploi à
temps plein chez un couple d'ostréiculteurs paimpolais. Il y reste
huit ans. Et acquiert compétence et expérience. Puis décide
de s'installer.
UNE ETIQUETTE BREHATINE
Un stage de 240 heures plus de trois ans de métier lui donnent
droit à une concession, le foncier de l'ostréiculteur.
Reste à choisir l'emplacement. Il élimine la Baie de
Paimpol. Trop prisée et saturée. " 180 ostréiculteurs-
pour la plupart originaires du Morbihan- se disputent cette place
de choix où la qualité de l'eau, la température
et le courant profitent si bien aux huîtres ". Il choisira
l'île de Bréhat. Parce que son épouse en est originaire
mais surtout parce qu'il entend, à moyen terme, doter sa production
d'une étiquette bréhatine. Et donc produire des huîtres
plus originales, plus rares " J'ai démarré
à Zéro ". Ou presque. Puisque c'est un financement
de 40 000 F, accordé par le Crédit Mutuel de Bretagne,
qui lui permet de se lancer en 1996.
" Mon installation à Bréhat a été
difficile ". Peu de bréhatins, alors, semblent croire
à ses chances de succès. " Dès 1993,
j'avais déposé un dossier de création d'entreprise
aux affaires maritimes ". Procédure oblige, le projet
est soumis à une enquête publique pendant un mois. "
50 bréhatins se sont opposés à mon installation
! ".
Le coup est dur. Mais pas fatal. Il s'obstine et obtient finalement
170 ha (qu'il exploite à 50%) et un droit d'exploitation pour
35 ans. " Dans ce métier, le plus difficile consiste à
obtenir la surface. Après on peut envisager les changements
d'emplacement ". Et rechercher la meilleure exposition, la plus
abritée. Un lieu qu'il a finalement déniché.
LES VENTES LISSEES SUR
L ANNEE
Patrick Tétu exploite en naviguant. Ce qui signifie qu'il travaille
en totale osmose avec la marée. Pour pouvoir déposer
sa production, il a fallu obtenir une zone de stockage. Demande négociée
et acceptée. Depuis, il a complété son infrastructure
et acquis un terrain, sur l'île, pour trier et préparer
ses huîtres.
....." C'est la marée
qui pilote mon emploi du temps ", précise Patrick.
Il travaille huit heures par jour, sept jours sur sept. Sa technique
consiste, pour l'essentiel, à acheter des naissains puis à
les travailler. A partir de naissains de 8 mois, il faut compter 19
mois d'exploitation au cours desquels les huîtres seront stockées-
par 500 au départ-, puis triées et dédoublées
et re-stockées. Avant de finir dans nos assiettes.
....."
30 à 40% de la production sont vendus à Noël
. Les ventes sont lissées sur l'année. Une personne
seule peut produire 30 tonnes par an, à raison de 10 F à
11 F le kilo ". Aujourd'hui, la tendance est à l'huître
creuse. La plate est délaissée pour cause de fragilité
: 80% de casse contre 5% pour la creuse.
DES PARCS TOUJOURS PLEINS
" L'huître, c'est ma passion ", confie Patrick
Tétu. Ce qu'il aime aussi, c'est son indépendance. Pas
d'horaire, pas de compte à rendre (si ce n'est à soi),
pas de personnel à gérer " Pour un salarié,
le métier est plus difficile ", reconnaît-il.
Libre de ses mouvements, il s'organise .
pour prendre de l'avance. Ses parcs sont toujours pleins. " J'essaie
de gagner un cycle de production. L'important, c'est de ne jamais
se laisser déborder ", précise-t-il.
Ce qui l'intéresse, c'est la vente au détail. Et c'est
pour cela qu'il brigue le label " île de Bréhat
". Un plus qu'il pourrait négocier sur le marché
parisien. Pour l'obtenir, il lui faudrait l'agrément de la
Direction des Services Vétérinaires. " Pas facile
quand la réglementation change tous les jours ". D'autant
que répondre à l'ensemble des critères implique
des investissements et donc de l'argent. " Tôt ou tard,
j'aurai l'étiquette ".
" Je vais peut-être mettre 20 ans à créer
cette structure. Et c'est sans doute mon fils qui mettra les pieds
sous la table ". En attendant, Patrick Tétu a des projets
en réserve. " Il ne faut pas rêver, pour réussir,
il faut saisir les opportunités. Il faut du culot. Et il faut
savoir attendre ". Sans négliger une sacré dose
d'enthousiasme et de volonté.